Archive | mai 2013

Du faux, pour de vrai…

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Ce matin, j’ai demandé à mon andalou, de  mesurer la longueur de mes cheveux, j’ai mis ma jolie barrette « chat » et après une petite photo souvenir, (que voulez vous, je suis un oiseau sentimental…) je suis allée chez le coiffeur…

cheveux hirondellina (600x450)
Alors là, je sens, comme une ombre au tableau…

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Vous êtes surement en train de vous dire, que l’hirondelle débloque gravement, et qu’elle va vous faire maintenant, des trucs du genre :
« Ce matin, je suis allée faire des courses », le lendemain, « ce matin j’ai fait la vaisselle du petit déjeuner »…, pour finir, par le scabreux « ce matin, je me suis levée, et j’ai fait pipi »…

Bon, rassurez vous, je n’en suis pas encore là, et ma dignité persiste quelque peu…

Donc, (parce que, désolée, vous n’allez pas y échapper…) ce matin, je suis allée chez le coiffeur, avec mes cheveux blonds de  34 cm de long… Étrange idée de connaitre la longueur de ses cheveux, non ? C’est bien la 1ère fois de ma vie, d’ailleurs, que j’ai cette envie…

barrette hirondelle

Parce que voilà… ce matin, 14 jours après ma 1ère chimio, c’était LE jour des cheveux…

Lorsque j’ai vu la tondeuse arriver, je l’avoue, gloups, j’ai eu le cœur carrément serré,  et j’ai demandé à tourner le fauteuil… Je pensais pouvoir me regarder, dans le grand miroir, mais bon, quand même, personne ne pouvait m’obliger à me transformer, comme ça, en deux secondes, en super hirondelle, non ???

super birdJ’ai serré à mort, la main de mon andalou, et tout est allé très vite… En un instant, je me suis retrouvée, légère comme une plume…

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J’ai passé ma main sur mon crane, où il ne restait qu’un duvet de 1 mm, toujours sans me regarder, et j’ai vu, dans le regard, et le sourire de mon andalou, que finalement, ce n’était pas si catastrophique que cela…

Alors, j’ai osé me regarder… Pour être honnête, je ne ressemblais ni à une princesse égyptienne antique (dommage, pour moi qui suis passionnée d’archéologie…), ni à Grace Jones, mais franchement, c’était largement moins pire que ce que je pouvais imaginer… Il parait même, selon les deux responsables de l’institut, que j’ai la chance d’avoir « une très belle forme de crane »… Hum… comment dire… ce genre de compliment, me glisse quand même un peu sur les plumes… Ce qui est certain, par contre, c’est une mise en valeur assez incroyable des traits, et des yeux… A ne pas se reconnaitre !…

Puis, cela a été les essayages, de 2 modèles conçus pour moi… De la haute couture capillaire, pourrait on presque dire ! J’avais déjà, été 3 fois dans cet institut, pour définir couleur et forme souhaitées, et je n’ai pas été déçue… J’ai opté immédiatement pour le 1er modèle, le second me faisant ressembler à Marylin, la bouche en cœur en moins !… Mes nouveaux cheveux sont légèrement plus courts que mes ex vrais, suivant mon envie, et d’un blond quasiment identique. J’ai opté pour une coupe un peu différente, et mon andalou adore ce changement…

Je suis ressortie, comme j’étais entrée, avec des cheveux, plus vrais que nature, au toucher et à la vue, et cela a été un soulagement indéfinissable…

hirondelle barrette
Nous somme allés, ensuite, dans un petit restaurant thaïlandais que j’aime beaucoup… Le restaurant était plein, et pas un regard pour mes cheveux !

Incroyable, ce bonheur, d’être comme tout le monde, et de ne pas afficher la maladie…

Je me sens renaitre, après ces deux derniers jours, à constater le désastre de cheveux tombant par poignées entières…

keep-calm-and-tell-houston-we-have-a-problem -

En ce moment, il fait un temps épouvantable, et pourtant, j’ai plein de soleil dans le cœur, et cela me fait un bien fou !…

Et comme, ma nouvelle coupe comporte une longue mèche tombante, je vais aller fureter sur le net, me dénicher une jolie barrette hirondelle…

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A coup sur, dans 6 mois, je suis devenue une it girl de la fashion week capillaire !… (on fait semblant de croire que cet évènement mondain existe, parce que, l’hirondelle, dépourvue de vrais cheveux, dispose néanmoins, et toujours, d’un vrai bec acéré !… )

Enjoy !…

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J’ ai ouvert la cage…

cage ouverte-hirondellina

 

J’ai ouvert la cage

en pensant

il ne partira pas

parce qu’il est bien ici

 

En plus

j’ai posé la cage

sur le bord de la fenêtre

à coté du soleil

il y avait un peu de vent

aussi

et la porte de la cage

s’ouvrait et se refermait

 

Je ne l’ai pas vu

s’envoler

je l’ai vu

sur la branche du tilleul

devant la maison

et comme il y avait du vent

les feuilles de l’arbre

le cachaient par moments

 

Peut-être

qu’il n’était pas assez bien

Ou peut-être

qu’il ne savait pas

je ne sais pas

 

Ce soir

j’irai poser la cage

au pied du tilleul…

(Hubert Mingarelli)

cage ouverte_hirondellina

Aujourd’hui…

chimio hirondellina

Ce matin, je me suis levée, après une nuit sans sommeil, le cœur serré par une tristesse infinie, en pensant à cette journée… En plus, il faisait un temps magnifique… Et moi, qui n’aime que le soleil, cela a ajouté, à ma peine, de ne pouvoir en profiter…

Je n’avais pas faim, mais il a fallu que j’avale quand même quelque chose, pour limiter les dégâts…
Sur le trajet, dans la voiture, je n’ai pas dit un mot, et mon andalou, a respecté ce silence. J’avais mille questions, qui se bousculaient dans ma tête… J’avais, pourtant, presque déjà toutes les réponses, mais malgré tout, j’avais la sensation atroce d’aller complètement vers l’inconnu…
A un moment donné, je me suis dit que j’avais été d’une stupidité sans nom, pour avoir donné mon accord à tous ces mois de galère, qui allaient suivre… Mais avais-je vraiment le choix ? N’aurait il pas été plus monstrueux encore de refuser, plutôt que de me plier ?

En arrivant, après les inévitables formalités administratives, mes jambes tremblaient… Je n’avais qu’une idée en tête, m’enfuir de cet endroit…
Dans le long couloir, j’enrageais, en me répétant sans cesse : « Mais qu’est-ce que je fais là ??? »
Si seulement j’avais pu m’enfuir…

hirondellina chimio

Je suis arrivée dans la petite salle d’attente… Une femme était déjà là. En me regardant, elle a souri, d’un sourire un peu complice, parce que nous étions là, toutes les deux pour la même chose… J’ai détesté ce regard. Je ne me sentais en rien proche d’elle, et j’ai détourné les yeux, sans répondre à son sourire.
Je me suis assise, en tenant toujours très fort la main de mon andalou, et je me suis sentie honteuse. Alors, j’ai regardé à nouveau cette femme, et comme pour m’excuser un peu, je lui ai juste dit : « c’est la 1ère fois »… Elle s’est levée, est venue s’asseoir, sur la chaise vide, à coté de moi. Elle a mis sa main sur mon bras, et m’a dit « Ne vous inquiétez pas, cela va aller… moi, c’est la  3ème fois »…

J’ai été bouleversée par ce geste si compatissant, d’une inconnue, qui deux minutes auparavant, m’était tellement indifférente…
Je me suis mise a pleurer, sans pouvoir m’arrêter… A ce moment là, quelque chose en moi, a changé. Je crois que j’ai pris conscience, que j’ai accepté enfin, que elle et moi, toutes les autres et moi, avions quelque chose en commun…

Peut être qu’à ce moment là, le déni  s’est un peu envolé, comme les hirondelles à l’automne…

Et puis ensuite, on est venu me chercher, et cela a duré des heures et des heures…

J’avais apporté de la lecture, mais je n’ai pas pu lire. Mon andalou et moi sommes restés, pendant toutes ces heures, serrés l’un contre l’autre… Je sentais combien il aurait voulu être à ma place, et j’ai pensé, une fois encore, combien j’avais de la chance, de l’avoir à mes côtés…

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Pendant ce temps interminable, nous avons parlé, encore et encore… Nous avons parlé du présent, mais aussi beaucoup de l’avenir… De nos projets, de notre futur voyage de noces, de tout ce que nous ferions après

Tout cela, a été enfin terminé…

Au retour, comme a l’aller, je n’ai pas parlé. Je me suis concentrée sur ce que je ressentais, me demandant si quelque chose, dans mon corps avait changé. Pas grand-chose, en fait, à part une certaine lassitude, et une bonne migraine…
A la maison, je me suis allongée sur le canapé. Pendant que mon andalou me préparait un thé, j’ai entendu les enfants rentrer. J’ai fermé les yeux, pour ne pas croiser leurs regards, et répondre à leurs questions. Je voulais rester dans ma bulle, avant que les « ennuis » commencent… Les « ennuis », mot banal, pour parler des effets secondaires… J’ai senti un petit bisou, sur l’épaule, et j’ai entendu « elle dort »…
Je ne dormais pas, je pensais juste à demain, après demain… à celle que j’allais devenir, ou que j’avais peur de devenir… à cette femme, dans la salle d’attente, seule, avec un visage si creusé… Je pensais aussi à quel point, peut être, ma vie allait changer, et à ce que j’allais pouvoir retirer de tout cela…

Comme beaucoup, je m’attache à certaines dates… Des dates heureuses…

Le mois de mai, est pour moi, un mois très heureux, parce que c’est le mois de ma rencontre avec mon andalou, et ce mois de mai 2013, est d’autant plus important que le nombre d’années est particulier…

Le mois de mai sera maintenant un mois moins joli…
Il est des dates dont on veut se souvenir, parce que le bonheur y est associé. Et puis, il y a d’autres dates que l’on voudrait oublier, parce qu’elles marquent un avant et un après

Si j’écris ces quelques lignes ce soir, c’est dans l’intention de les relire, un jour, le jour où ce cauchemar aura pris fin… Je le fais,  pour garder une trace de ce jour que j’aimerai déjà effacer, mais qui existe, de ce jour fantôme, 1er jour de beaucoup d’autres…

Aujourd’hui, 7 mai 2013, c’était ma 1ère chimio…

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Je n’ai rien dit…

le silence de l'hirondelle...
Alors voilà… Il y a trois jours, je suis allée faire mes courses dans mon magasin préféré, qui dispose, parmi ses 7 étages, d’un très joli supermarché…
Arrivée à la caisse, avec mes deux achats, de la sauce  Thai sweet chili et un thé que j’affectionne tout particulièrement, je constate sur le petit écran, un montant à payer de 3,80 CHF…

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Oups… Là, machinalement, je me dis qu’il y a comme un pb… Parce que mon thé, coute bonbon, rien n’est plus certain, et j’en connais par cœur le prix… Soit dit en passant, prix tout à fait exagéré, même s’il provient direct de l’autre bout du monde… Ok, San Francisco/Geneva, à vol d’oiseau, il faut bien toute une migration, mais quand même…

migration hirondelles

Heureusement d’ailleurs qu’à la maison, je suis la seule à aimer cette mixture, parce que sinon, on aurait sans doute un vrai souci !… En plus, il faut bien l’avouer, moi qui aime tant le thé, cette addiction à ce mélange de thé noir et d’épices d’une qualité moindre que de très bonnes marques de thé, passerait plutôt pour du mauvais gout, en la matière… Que voulez vous, chacun a son côté obscur… Enfin bon, je m’égare…

Je sors mon billet lentement, et le tend encore plus lentement à la caissière… Le pot de thé est juste, mais alors juste devant elle, et elle ne semble rien voir… Elle me tend la monnaie… Je la range encore plus lentement, lui laissant une dernière chance de constater son erreur…
Et bien non, rien, elle passe alors à la cliente suivante…
Et là, je ne sais pas ce qu’il se passe, je reste muette, absolument muette, et vite, très vite, je range mes deux articles, et presque en sautillant, un sourire carnassier aux lèvres, les plumes ébouriffées de plaisir, je me dirige vers la sortie du magasin…
Une femme me tient la porte, et me sourit, en me voyant si joviale… Je dois avoir l’air de l’hirondelle la plus heureuse du monde… Je suis l’hirondelle la plus heureuse du monde !… (en oubliant, pour une fois, ma saleté de cancer…)
Rentrée chez moi, je dispose mes achats dans la cuisine, et, en sautillant à nouveau, la voix de mon gourou adoré, chantant à mes oreilles,

je retourne à mon magasin préféré, mais direction, cette fois ci, le 1er étage, celui, entre autres, de la parfumerie et des accessoires pour cheveux…
Sans vraiment réfléchir, je jette mon dévolu sur trois jolies barrettes…

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Une fois payées, l’économie réalisée sur mon thé « gratuit » est encore substantielle… Je me sens pousser des ailes de mon audace à n’avoir rien dit, moi qui habituellement suis si honnête… Plus d’une fois, d’ailleurs,  j’ai rectifié un prix, en ma défaveur…
Ce jour là, je ne sais pas ce qui s’est passé, et ce qui explique mon silence…
Le pire dans tout cela ? Aucune culpabilité !…
En même temps, franchement, avec le recul, je me dis que l’achat de mes petites barrettes est totalement stupide et déraisonné, puisque très bientôt, je n’aurai plus aucun cheveux…
Un psy dirait que je suis sans doute dans le déni le plus total…
Je m’en fiche complètement à vrai dire… Mes petites barrettes iront sur mes « faux » cheveux et je déguste avec le plus grand des délices, mon thé américain chéri, dont le prix, pour une fois, me rend si légère de bonheur…

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Dites, vous n’allez pas dénoncer une petite hirondelle qui vous a offert un petit brin de muguet, quand même ???

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